Benoit Gignac : Parcs à chiens

Vous savez, ces histoires d’humains semblables à leurs bêtes ? Il faut avoir fréquenté un parc à chiens pour savoir que cela existe bel et bien, tant au niveau des ressemblances que des comportements.

 

Un de ces jours, empruntez le chien d’un ami et entrez vous asseoir dans l’un ou l’autre de ces enclos pierreux ou gazonnés. Choisissez un endroit à l’écart. Cela est préférable pour s’adonner à l’observation des comportements bizarres des maîtres en animaux qui fréquentent ces espaces à doubles portes.

 

Si, d’aventure, vous vous joignez à la meute d’humains qui habitués de ces enceintes, en finissent toujours par se frotter les uns aux autres, vous aurez à utiliser tous vos sens de manière exacerbée et inattendue.
Il vous faudra repérer le chef de meute. Malheureusement, vous ne pourrez pas utiliser votre nez pour l’identifier, surtout pas à l’endroit où le mettent les chiens pour se reconnaître. Si vous forcez l’imitation, attention aux morsures.

Pour vous faire accepter, il vous faudra comme plusieurs, tourner sur vous-même et autour de la bande en agitant un membre libre, signalant à la horde que vous êtes de bonne humeur. Si certains parmi le groupe ne vous reviennent pas d’emblée, rebattez les oreilles et tentez de dresser le poil de vos bras.

 

Ne tentez pas d’aboyer que votre chien est «tellement cute», que c’est un berger, mais seulement de 9 à 5, qu’il a été castré à trop fort prix ou qu’il n’a aucune méchanceté sauf quand on le provoque. Vous déclencherez alors une déferlante d’insanités plus abêtissantes les unes que les autres et aurez peut-être à engager le combat.

 

Courrez si vous flairez le danger, en ligne droite puis bifurquez rudement à gauche et ensuite à droite, en arrachant de l’herbe. Si cela ne fonctionne pas couchez-vous sur le dos en montrant vos poignets et chevilles cassées.

 

Lorsque les choses se seront tassées, restez au sol, sur le ventre et sortez la langue.

 

Vous verrez alors que d’autres viendront vous rejoindre et commenceront à regarder là où votre regard se porte. C’est alors que vous commencerez à appartenir à la meute.

 

Un phénomène étrange risque toutefois de se produire si vous prenez l’habitude d’amener ce chien de votre ami au parc canin. Vous commencerez à ressembler à l’animal que vous conduisez.

 

S’il est à poil long, vous laisserez pousser vos cheveux. S’il souffre d’embonpoint, vous engraisserez. S’il a le museau fin, le vôtre allongera. En hiver, si vous protégez ses pattes, vous vous achèterez de chaudes bottes. S’il saute la clôture, vous le ferez aussi. À la vue d’un écureuil, vous risquez de commencer à traverser les rues sans regarder ou de vous planter au bas des arbres pendant des heures.

 

Mais il y a pire. Si un jour vous commencez à manger la nuit, à tenter de réveiller votre conjoint à la première lueur du jour ou à demander la porte par ennui, dites-vous que vous n’avez pas la force morale de vivre avec un animal. Et surtout, évitez les parcs à chiens.

 

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