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LA DERNIÈRE RETENUE

 

 

Introduction: École Paul-Bruchési, Québec

Continuation & Illustration: Tom Thomson School, Ontario

 

 

Par une nuit étoilée mais sans lune, Zéphirin, 13 ans, marchait… obstiné.  Sur la rue Sainte-Catherine, il fonçait avec, au fond des poches, les poings serrés et froid comme du granit.  «Demain, tu déménages chez ton père pour de bon!», venait de lui crier sa mère.  Une fois de plus, on lui avait reçu une énième retenue de son enseignant!  Elle n’en pouvait plus, mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que Zéphirin non plus… Il jouait au dur et à l’indifférent, mais intérieurement, il pleurait et rageait de ne pouvoir changer les choses. 

 


 

Tout cela avait débuté le jour où Zéphirin Cousteau avait rencontré le nouveau professeur géographie de son l'école. Monsieur Carl Barbouze avait à peu près 40 ans. Il était un peu chauve et grisonnant. Ses yeux bruns foncés, avaient l'air d'être plus larges sous ses lunettes. Contre lui, il tenait toujours une mallette, comme si elle était remplie de secrets. Zé avait entendu dire que Monsieur Barbouze changeait souvent d'école et que ce poste à l'école Paul-Bruchési était son premier emploi permanent.

 

Pendant le premier cours de géographie, M. Barbouze pose une question avec une voix profonde :

- Écrivez-moi tous les pays d’Afrique en ordre alphabétique.

 

 

Zéphirin connait bien l’Afrique. Il l'a étudiée l'année passée. Ses yeux verts se rivent sur sa feuille et le jeune commence à écrire rapidement. Deux minutes plus tard, Zéphirin lève la main. Monsieur Barbouze lui fait signe de lui passer sa feuille.

L’enseignant lit la réponse. Il est très impressionné :

- Tu es un jeune très intelligent. Intéressant, hmmm… dit-il en arquant un sourcil et en grattant sa barbiche.

 

À la fin du cours, M. Barbouze ordonne à Zéphirin de rester dans la classe. Nerveusement, Zéphirin marche vers M. Barbouze. L’enseignant vérifie le corridor, ferme la porte et la verrouille. L’homme se tourne vers Zéphirin :

- Cousteau, je pense que tu en es un.

- Un quoi ? demande Zéphirin.

- Depuis longtemps, je cherche un jeune comme toi, dit M.Barbouze. Un jeune intelligent, avec de bons réflexes, fort… Oui c'est toi. Tu seras un espion !

 

 

Zéphirin n'est pas trop certain de cette idée. Il refuse l’offre de M. Barbouze. L’enseignant change de ton et lui explique que si Zéphirin ne fait ce qu'il lui demande sa famille va… disparaitre ! Zé accepte alors de devenir un espion.

 

Pour préparer Zéphirin, M. Barbouze donne souvent des retenues à Zé. Ce n'est pas que Zéphirin ne finit pas ses devoirs ou qu'il ne se comporte pas d'une bonne manière, les retenues donnent à M. Barbouze l'opportunité de forcer Zé de s'entrainer. Il doit apprendre à enlever ses empreintes digitales pour qu'il ne reste pas d'évidence de sa présence. Il apprend aussi à utiliser l'ordinateur pour traquer les gens et à ouvrir des serrures sans utiliser de clé.

 

Bientôt, M. Barbouze voit que Zéphirin est prêt à faire une mission.

- Demain, à cinq heures du matin, tu vas venir à l'école pour volerle contenu du coffre fort du bureau. Le coffre est rempli d'argent et de dossiers. Je les veux !

-  Quoi ? Cambrioler ma propre école ? Je pensais que tu m'entrainais pour attraper des voleurs, pas pour devenir un voleur ! cri Zéphirin.

- Baisse ta voix, espèce de stupide ! Tu n'as pas le choix. Fais ce que je demande ou ta famille payera ! dit M. Barbouze en riant de façon démoniaque.

 

 

Quand Zéphirin rentre enfin à la maison, il trouve sa mère au téléphone. 

— 5 heures du matin ? … il a fait quoi ? … Absolument, il sera à l'école… Je suis d'accord, on doit lui apprendre à être plus responsable… Oui M. Barbouze, je comprends. Merci pour votre appel.

 

La mère de Zéphirin est fâchée. Très fâchée ! Ne sachant plus quoi faire, elle le menace de l’envoyer vivre chez son père. Mais Zéphirin est un garçon intelligent et il est fâché lui aussi. Il veut tellement dire ce qui se passe, mais il ne peut pas. Il décide d’aller prendre une marche sur la rue Sainte-Catherine. Et c’est alors qu’il élabore un plan pour piéger M. Barbouze. C’est risqué, mais il ne peut plus vivre comme cela. Il en a assez. Il utilise son entrainement d’espion et met son plan en action.

 

 

Premièrement, Zé fait un appel :

- Allô, police ? Il y aura un vol demain matin, soyez à l'école Paul-Bruchési à cinq heures.

- Qui est à l'appareil ? Allô ?

 

Zé raccroche et pour la première fois depuis longtemps il se sent un peu content.

 

 

Pendant la nuit, Zéphirin ne dort pas tellement bien. Il s'endort, mais il fait des cauchemars.

 

Le lendemain, sa mère le réveille très tôt. Elle est tellement déçue :

- Une autre retenue ! Il faut que tu sois plus responsable Zé. J'espère que tu apprendras ta leçon et que c'est la dernière fois.

 

 

Zé frotte ses yeux et répond tout simplement :

- Oui. Ce sera la dernière fois.

 

C'est le moment. Il doit faire le vol du coffre fort. Avec son entrainement, cela ne devrait pas être trop difficile. Il entre dans l'école. Il n'y a personne. Il ouvre la serrure du bureau sans difficulté et il force le coffre fort ouvert. Il prend son contenu et va retrouver M. Barbouze qui l’attend dans le stationnement de l'école.

- Voici l’argent que tu m’as forcé de voler ! Ne me demande rien d’autre. J’ai fini d’être un espion pour toi !

 

Monsieur Barbouze se met à rire et lui dit que ce n’est que le commencement si Zéphirin veut continuer à voir sa famille. L’homme commence à compter l’argent. Soudainement, des policiers sortent de derrière les arbustes. Ils ont tout entendu. M. Barbouze est arrêté.

 

 

Fier de lui-même, Zéphirin dit à M. Barbouze :

 

- Merci pour tout l'entrainement. Je l'ai utilisé pour te faire envoyer en prison !

- Ce n'est pas la fin, Cousteau ! grogne M. Barbouze.

 

Lorsque les policiers ramènent Zéphirin à la maison, sa mère l’attend avec impatience :

- Zé ! Zé ! Est-ce que ça va ? On m’a dit ce qui est arrivé. Je suis tellement triste de ne pas avoir compris ce qui se passait, dit sa maman avec les yeux pleins de larmes.

- Maman, je suis désolé, je ne pouvais pas te dire ce qui se passait. M. Barbouze me menaçait de te faire du mal.

- Zé, je suis ta mère et je t’aime. Ce terrible M. Barbouze va payer. Nous, nous resterons à la maison.

- Je ne dois pas aller chez papa pour de bon ?

- Non, mon petit ours. Et Zé, je suis très fière de toi, tu es un héros.

- Tu sais maman, je pense qu’être espion n'est pas si pire que ça…

 

 

LA FIN